Les féministes cassent l’ambiance en soirée

Les féministes cassent l’ambiance en soirée. C’est ce qu’affirmait Valeurs Actuelles en mars 2020. En ligne, dans la rue, en soirée, pendant un repas de famille, dans le monde du travail, les revendications féministes continuent de se frayer un chemin. Syndrome d’une génération qui ne veut plus accepter ce que les précédentes ont dû subir et qu’elle-même vit encore ? Parallèlement, des critiques sur les formes que peut prendre le militantisme féministe émergent. Trop féministes, trop présentes, trop militantes, trop victimes, trop ceci, trop cela. On parle même de féminisme extrémiste, laissant supposer qu’il y a des bonnes et des mauvaises féministes, des combats légitimes et illégitimes.

Comment les féministes sont devenues folles ?

En mars 2020, la Une du magazine Valeurs Actuelles suscite de vives réactions de la part des féministes. Le titre : « Comment les féministes sont devenues folles », avec une description détaillée du mal que font les féministes : « Elles censurent notre culture, insultent la police, fantasment le ‘patriarcat’, s’assoient sur la présomption d’innocence, dégradent la langue française, préfèrent le foot féminin, demandent l’égalité aux WC, cassent l’ambiance en soirée ». La rédac’ en avait gros sur la patate apparemment. Je ne sais même pas par où commencer tant les arguments mis à la suite sont déformés, faux et servent à leur petit exercice de décrédibilisation du féminisme. Valeurs Actuelles n’est pas le premier ni le dernier à critiquer ouvertement le mouvement féministe et ses militantes. Attardons-nous cependant deux minutes sur le choix de leur titre : « Comment les féministes sont devenues folles ». Longtemps, les femmes ont été dénigrées, stigmatisées et même brûlées au nom de la folie. Le webzine participatif Zinzin Zine en parle dans son essai : « Le terme « folle » permet de dénigrer les réactions émotionnelles des femmes, ce qui peut être observé dans l’étiquetage régulier des femmes comme « folles », « trop sensibles » et « hystériques », à l’opposé des hommes sensés et rationnels. ». Par ailleurs, dans notre société, la colère est une émotion connotée négativement chez les femmes, quand elle est plus normalisée et acceptée chez les hommes. Cinq ans d’école de journalisme pour nous pondre un titre (et un article) stigmatisant et misogyne. Bravo.

L’image des militantes féministes

Je ne vous apprends rien, la cause féministe est loin de faire l’unanimité et l’image des militantes féministes négative. La Une du magazine en est l’énième preuve. Pour décrédibiliser le féminisme et ses militantes, la société et certains médias ont façonné une image négative de la féministe. Valeurs Actuelles utilise allègrement cette rhétorique : « elles cassent l’ambiance en soirée ». Les féministes nous font chier, en gros. Le magazine joue sur l’idée qu’une femme féministe est celle qui n’a que trop peu d’humour, qui vient toujours pourrir l’ambiance avec des revendications dont tout le monde se fou. Et je vais vous dire, une majorité d’hommes se fout pas mal des combats féministes et des droits des femmes. Sinon, comment expliquer la centaine de femmes qui, chaque année en France, continue de mourir sous les coups de leur (ex)compagnon, dans l’indifférence la plus totale. Comment expliquer, que face à ces féminicides, leurs réactions s’arrêtent à « Et combien de femmes tuent aussi leur compagnon, hein ?? ». Outre le fait que les féministes dénoncent également ces violences, vous êtes les bienvenus pour vous mobiliser pour votre cause messieurs. Sinon, en 2017, le ministère de l’Intérieur, la police nationale et la gendarmerie nationale établissaient une étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Ils révèlent que sur les 125 faits recensés en 2017, 109 victimes sont des femmes, soit 87,2 %. Les victimes masculines sont au nombre de 16, soit 12,8 % et que sur 16 femmes auteurs d’homicide commis sur des hommes, 11 d’entre elles étaient victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 68,8%.

Le féminisme extrémiste

Beaucoup évoque et critique le féminisme comme devenant extrémiste. Par peur d’être catégorisée, certaines femmes refusent de s’afficher ouvertement comme étant féministe, tant la connotation de ce terme est négative dans la société. Un grand nombre d’entre elles vont se dire « humanistes » et ne pas s’identifier au féminisme dit « extrémiste ». Qu’est-ce que ça veut dire être extrême ? A partir de quel moment, le féminisme bascule dans l’extrême ? Militer dans la rue, se battre pour nos droits et contre la violence qui nous est faite, défendre nos libertés, s’indigner et dénoncer l’oppression masculine et les discriminations qui en découlent, est-ce extrême pour vous ? Moi, ce que je trouve violent, c’est le nombre de féminicides chaque année en France et dans le monde, c’est le sentiment d’insécurité dans l’espace public que nous ressentons, c’est les discriminations dont nous sommes victimes chaque jour, ce sont les hommes qui agressent et violent, c’est … je continue ? L’extrême, c’est de penser que les revendications féministes illégitimes et/ou victimaires, quand les chiffres et les faits prouvent tout le contraire. Je vous invite à aller lire ce que dit Le Blog de Coline du féminisme extrémiste.

La bonne et la mauvaise féministe

Ce sont majoritairement les hommes qui classent les militantes féministes selon ce qu’ils considèrent comme étant de bonnes ou mauvaises pratiques. Les principaux acteurs de la domination masculine et de l’oppression patriarcale ont le toupet de nous dire et d’affirmer ce qui est bien ou mauvais dans notre manière de lutter contre leurs comportements violents et misogynes. A leurs yeux, une bonne féministe, c’est celle qui rentre dans les cases, qui ne fait pas trop de vagues, qui ne s’affiche pas dénudée sur les réseaux sociaux, qui « se respecte » et qui mène de vrais combats. Elle ne déteste pas les hommes, elle. Une mauvaise féministe, c’est celle qui, dans leurs esprits, ne souhaite qu’être supérieure aux hommes. Elle invente ce qu’ils considèrent comme de faux problèmes : l’écriture inclusive ou la féminisation des noms de rue, par exemple. Et puis, son militantisme n’est qu’une excuse pour exposer son corps sur les réseaux sociaux (je vous jure que cet argument existe). Elle dit Men are trash et met tous les hommes dans le même panier.

Ce que certains semblent oublier volontairement, c’est que le féminisme n’a jamais eu vocation à rassurer les hommes sur leurs comportements, ni à les brosser dans le sens du poil. Bien au contraire.

Des « faux » combats ?

Après les militantes féministes, ce sont leurs combats qui sont classifiés. Les féministes sont souvent moquées et dénigrées pour défendre l’écriture inclusive ou pour changer le vocabulaire utilisé lorsque l’on parle des violences faites aux femmes, par exemple parce qu’il ne s’agit pas là de véritables combats. Y aurait-il des « vrais » et « faux » combats ? Il y a définitivement des combats plus prioritaires que d’autres pour certaines femmes, mais ces derniers n’en demeurent pas moins nécessaires. Par exemple, il est vrai que les combats menés par une femme blanche et une femme noire ne seront pas les mêmes. Une femme noire ne vit pas les mêmes discriminations qu’une femme blanche. Elle militera certainement en priorité pour avoir les mêmes chances d’embauche ou pour être davantage représentées dans les médias par exemple, que pour l’écriture inclusive. Et ça se comprend totalement parce qu’au sein même du féminisme, les femmes ne sont pas égales entre elles et ne doivent pas livrer les mêmes combats au même moment. Les femmes racisées doivent se battre contre deux violences systémiques : le sexisme et le racisme.

Néanmoins, ce n’est pas aux hommes de définir quel combat est plus légitime qu’un autre. Le féminisme est d’abord une lutte des femmes pour les femmes. On ne leur demande pas leur avis sur l’agenda militant et l’ordre du jour. Ils ne peuvent pas décider que ceci est plus important que cela alors qu’ils ne le vivent pas et qu’ils n’auront jamais conscience ou connaissance des impacts que cela engendre pour les militantes.

Ce qu’il faut retenir

Tant que les femmes et personnes s’identifiant comme telles, seront stigmatisées, harcelées, agressées et tuées, les féministes continueront de « casser l’ambiance en soirée », de s’indigner, de pleurer, de crier de rage, d’exprimer leurs émotions et de dénoncer les auteurs de ces actes. J’vous laisse, je m’en vais niquer une soirée là.

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