Les hommes peuvent-ils être féministes ?

men gender equality

Le féminisme est né dans le but d’émanciper les femmes de l’oppression masculine et d’obtenir des droits fondamentaux dont elles étaient (et sont encore) privées. Un mouvement né des femmes, pour les femmes. Et les hommes dans tout ça ? Peuvent-ils en faire partie et quel est leur rôle dans la libération des femmes ? Longtemps et toujours accusé d’exclure les hommes, le féminisme ne met pas tout le monde d’accord et encore moins ces derniers. Nombreux sont ceux qui le jugent trop extrême, trop peu ouvert sur la gente masculine ou encore tout simplement inutile. Comment les hommes peuvent-ils soutenir le féminisme et les luttes des femmes sans se les approprier ?

Pourquoi dire d’un homme qu’il est féministe pose problème ?

En général, le féminisme irrite plus qu’il ne rassemble, surtout du côté des hommes. Il n’est pas rare d’entendre les hommes le critiquer car la forme et le fond des combats menés ne leur conviennent pas. Même s’il est beaucoup critiqué et/ou haï, le féminisme est aussi revendiqué par certains hommes, qui le « soutiennent » et se déclarent « féministes ». Bien qu’il soit nécessaire que les hommes prennent part au féminisme, il est problématique qu’ils se définissent comme « féministe ». Comme je l’ai évoqué précédemment, le féminisme a été créé par les femmes, pour les femmes dans l’idée de se libérer de l’oppression masculine (et du patriarcat donc). Un homme qui se définit comme un féministe ne fait que se réapproprier la cause qui condamne son propre statut. Il réaffirme le statut donc sa supériorité sur les femmes dans une société patriarcale qui l’avantage et le protège. Un homme peut tout à fait se déconstruire et remettre en question ses réflexes sexistes et misogynes ou son comportement mais jamais à 100% et jamais perdre les privilèges que son statut lui offre. Il ne peut pas affirmer à proprement dit qu’il est féministe mais il peut être un allié du féminisme. Il n’est pas directement concerné par la cause mais il peut la soutenir.

rules of feminism

Comment être un bon allié ?

Être un bon allié nécessite déjà un travail sur soi-même et une prise de conscience de ses privilèges lorsque l’on est un homme blanc hétérosexuel au sein d’une société patriarcale. Ne pas monopoliser la parole ou parler aux noms des femmes sous prétexte qu’on les soutient. Le soutien, pas de cette manière. De nombreuses fois, en voulant mettre en lumière un fait de société qui touchait les femmes, les hommes se sont emparés de la parole jusqu’à invisibiliser celle des principales concernées. Ce fût à nouveau le cas dernièrement, dans une vidéo qui a beaucoup tourné sur internet. Un homme prend l’apparence d’une femme (c’est déjà discutable) et se balade en ville pour dénoncer le harcèlement de rue dont les femmes sont victimes quotidiennement. La vidéo est beaucoup partagée depuis quelques jours. Les femmes dénoncent le harcèlement de rue et ses conséquences depuis (environ) toujours mais il faut attendre qu’un homme le démontre et en parle pour que l’on écoute réellement. Être un allié du féminisme, c’est aussi et d’abord écouter les femmes. Et parce qu’être un bon allié n’est pas inné, je vous conseille la lecture d’un article très complet sur le sujet. Vous y verrez plus clair.

Se déconstruire et respecter toutes les femmes

Le féminisme est nécessaire, cela n’est plus à démontrer. Mais pour soutenir ce mouvement, il est nécessaire de se « déconstruire ». Il faut désapprendre tout (ou presque) ce qui vous a été enseigné jusqu’à aujourd’hui. Cela est aussi valable, à d’autres niveaux pour les femmes car nous avons été éduquées et parfois formatées avec des schémas bien sexistes qu’il faut savoir désapprendre. Messieurs, vous n’êtes pas un allié si vous ne respectez qu’une partie des femmes et seulement celles qui correspondent à l’idée que vous vous faites de  » la féministe respectable qui rentre dans le moule ». Vous n’êtes pas un allié si, en l’absence de femmes, vous les descendez juste pour vous faire bien voir par les gens qui vous entourent. Vous n’êtes pas un allié si vous pensez mieux savoir que les principales concernées comment mener les combats féministes. Vous n’êtes pas un allié si vous avez besoin de dénigrer certaines femmes pour en complimenter d’autres. Vous n’êtes pas un allié si vous protégez vos potes violeurs. Vous n’êtes pas un allié si vous vous proclamez comme tel uniquement pour coucher avec une femme (on vous voit). Vous n’êtes pas un allié si vous ne respectez pas les travailleuses du sexe, les femmes qui portent le voile, celles qui se dénudent, celles qui aiment leur corps, celles qui ont une sexualité épanouie, celles qui sont en situation de handicap, celles qui sont grosses, celles qui sont lesbiennes, celles qui sont transgenres, celles qui sont racisées et j’en passe.

Ce qu’il faut retenir :

A mes yeux, les hommes ont leur place dans le féminisme mais pas de la manière qu’ils souhaitent. Ils doivent utiliser les privilèges que leur offre leur statut de dominant dans le système patriarcal pour laisser la place aux combats que mènent les femmes et les mettre en lumière. Ils doivent arrêter de nier leurs privilèges et prendre conscience que ce n’est pas leur petite personne qui est critiquée ou visée mais bien le groupe auquel ils appartiennent dans la société. Pour cela, ils doivent mettre leur égo de côté et ne pas s’approprier des combats qui existent justement parce qu’ils sont privilégiés. Ils doivent écouter, apprendre, se taire parfois (beaucoup), valoriser la parole des femmes et ne pas la remettre en cause ou la décrédibiliser. Ils ne devraient pas parler de ce qu’ils ne vivent et vivront pas et laisser les concernées s’exprimer sur le sujet.

2 commentaires

  1. […] l’égalité femmes/hommes est finalement un intérêt commun et mutuel. Les hommes peuvent être des alliés, au côté des […]

  2. […] Très souvent, on répète aux féministes qu’elles sont « trop agressives ». Que « Si tu changeais ta façon de faire, ça marcherait sûrement mieux ! Je dis ça, je ne dis rien, hein ». Le plus souvent, les personnes qui disent ce genre de choses ne sont pas concernées par les combats défendus et sont mêmes parfois les oppresseurs. Pourtant, ils se permettront quand même de vous dire comment vous devriez mener le vôtre. Et même quand cela part d’une soit-disant bonne intention, dire à une personne discriminée (par son genre, sa couleur de peau ou encore sa sexualité) que son message passerait mieux si elle le disait différemment n’est pas constructif ou utile. Prenons l’exemple du féminisme : qu’un homme blanc, en position de force dans la société car peu ou pas discriminé, explique à une femme comment elle devrait agir, ne fait que confirmer sa position de domination sur elle et son statut d’oppresseur. L’homme blanc hétérosexuel domine dans notre société patriarcale, que vous le vouliez ou non. Il ne fait pas partie des discriminés, racisés ou opprimés. N’essayez pas d’imposer ou de suggérer votre manière de faire si vous n’êtes même pas concernés par le combat mené. Eduquez-vous, lisez, apprenez, soyez un allié. […]

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