Les normes de beauté imposées aux femmes

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Au 17e siècle, une loi interdisait le port du pantalon pour les femmes, afin d’éviter, je cite, le « travestissement des femmes ». Cette loi a été abrogée en 2013. Après le pantalon, c’est aujourd’hui la minijupe ou le crop top qui occupe une partie des débats. Jugés trop vulgaires, ils dérangent. Le jean troué n’est pas élégant, la robe moulante trop suggestive. Une multitude d’injonctions de beauté ciblent l’apparence des femmes, que ce soit leurs tenues ou leur physique en général. Les incessants débats sur ce qu’une femme digne de ce nom doit porter ou non témoignent du contrôle et du pouvoir qui est exercé sur cette dernière. Les femmes doivent faire face à la pression de la vieillesse et de la beauté, au culte du sport et des régimes. Elles doivent avoir un corps photoshopé dans la vraie vie : mince mais avec des formes, un ventre extra plat tout en gardant ses organes, et que sais-je encore. Ces diktats, bien ancrés dans notre société et que l’on qualifie de « normes » et d’objectifs à atteindre pour être considérées, sont directement issus du patriarcat et touchent principalement et majoritairement les femmes.

Sois belle et tais-toi

La société dans laquelle nous vivons a décidé que, dès la naissance et durant toute sa vie, une femme aura une dette envers elle : celle d’être belle, en toute circonstance et dès le plus jeune âge, et se donner du mal pour le rester mais sous certaines conditions.

– Il faut être assez féminine, sinon, on est « garçon manqué ».

– Il faut faire du sport, pas pour se maintenir en bonne santé mais pour avoir un corps tonique et des formes dessinées comme celles d’une mannequin photoshopée.

– Il faut avoir confiance en soi mais ne pas trop l’afficher.

– Il faut être fière de soi mais ne pas trop l’exprimer.

– Il faut être indépendante mais pas trop, juste assez pour avoir quand même besoin d’un homme.

– Il faut être jolie mais faire semblant de ne pas le savoir.

– Il faut être sexy et désirable mais pas trop, sinon, vous êtes une aguicheuse.

– Il faut avoir du caractère mais ne pas trop l’ouvrir.

– Il faut faire des enfants mais perdre ses kilos de grossesse en deux jours.

– Tu peux aimer ton corps mais tu ne dois pas l’exposer aux regards des autres.

– Tu peux être libre de ton corps mais tu dois en retirer les poils.

– Tu peux être libre de ton corps mais on te dira quand même comment t’habiller.

Je continue ?

Le corps parfait

L’industrie de la mode et de la beauté photoshope ses mannequins pour vendre ses produits. Dans les publicités pour des crèmes anti-rides, la femme qui en vante les mérites a 25 ans et pas une seule ride. Et parfois, quand elle a l’âge d’avoir des rides, sa peau est retouchée pour qu’elle paraisse toute lisse à l’écran. La cellulite, les vergetures, les poils et les kilos « en trop » sont gommés. La perfection selon les normes patriarcales de la société fait vendre, même si elle est mensongère et irréelle. Elle est promut comme un idéal à atteindre, comme si les femmes ne seront jamais dignes d’être aimée ou désirée ou bien dans leur peau tant que cet objectif ne sera pas atteint. Comme si nous ne serons jamais complètes. Promouvoir ainsi le « zéro défaut » complexe les femmes, qui se doivent de rester jeunes, belles et désirables pour exister aux yeux du monde. Le corps de la femme est sexualisé à outrance, utilisé comme un objet pour vendre, modelé par et pour les hommes. Car c’est de ça dont on parle : rester désirable aux yeux de l’homme en se pliant à ses injections. En contrôlant l’apparence des femmes, on les contrôle elles-mêmes et on affirme sa position de supériorité.

Pour lutter contre ces injonctions des corps normés par la société, certaines marques s’engagent à ne plus photoshoper ses mannequins et à être davantage transparentes avec ses clients. C’est le cas d’Asos et ça fait du bien ! C’est un petit début.

Asos

La peur de vieillir quand on est une femme

La vieillesse chez les femmes est un sujet assez tabou car elle est très souvent cachée et dissimulée. Le moindre cheveu blanc est teint, les premières rides sont comblées, certaines vont même jusqu’à refaire certaines parties de leur corps grâce à la chirurgie esthétique pour rester jeune. Les femmes ont peur de vieillir car la société les encourage à en avoir peur. Il y a une certaine aversion pour les femmes qui vieillissent car, aux yeux de la société patriarcale, une fois ménopausées, donc plus en capacité de procréer, elles n’ont plus « d’utilité sociale ». Les femmes sont utiles à la société et aux hommes, majoritairement pour procréer, rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants et du foyer et rester à leur place. Mona Cholet décrit ce phénomène de manière complète et facile d’accès dans son livre Sorcières. Je vous le conseille vivement.

Mona Chollet

La vieillesse est synonyme de laideur. Les femmes sont soumises aux diktats de la beauté dès le plus jeune âge : ne pas avoir de vergetures, de cellulite, d’acné, de pores visibles, de peau grasse, de cheveux blancs, de kilos en trop, etc. Elles cachent et dissimulent ce que la société considère comme des imperfections. Les hommes ne vieillissent pas de la même manière. On dit des femmes qu’elles « vieillissent mal » tandis que les hommes « se bonifient avec l’âge, comme du bon vin ». Dans la pratique, le vieillissement est plus accepté chez les hommes que chez les femmes. On dit de George Clooney qu’il a les cheveux poivre et sel ou grisonnants et que ça lui donne du charme. On dit des femmes qu’elles ont des cheveux blancs, que cela les vieillit et qu’elles devraient se faire des couleurs pour les cacher. On valorise d’un côté, on stigmatise de l’autre. Et si c’était logique de vieillir et que ça ne nous rendait pas moches pour autant ?

Précisions

Au fil de ta lecture, tu as vu que je n’évoque pas tous les sujets qui touchent de près ou de loin aux normes de beauté imposées par la société patriarcale. Cela s’explique par deux raisons. La première : je ne peux pas parler de tout dans un seul article, le sujet étant tellement vaste. Je préfère en parler dans plusieurs articles, pour être sûr de ne pas le « survoler ». Deuxièmement, certains sujets nécessitent que je me documente davantage car, comme tous, je n’ai pas la science infuse. Parfois, lorsque j’estime de pas avoir toutes les clefs en main pour pouvoir en parler convenablement, je préfère me taire, apprendre et vous en parler quand c’est le moment.

En savoir plus

Je vous conseille les deux articles suivants pour avoir des informations complémentaires aux miennes et notamment celui sur la grossophobie, dont je n’ai pas parlé ici, et qui est très complet et accessible à tous.

Grossophobie, body positive, body-shaming

Article très complet : https://simonae.fr/militantisme/fatpositivism/grossophobie-mincophobie-body-shaming/

Les diktats sur le corps des femmes au fil des siècles

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